Le Plomb du Cantal

par apollinemariotte

La neige a enseveli les toits de lauzes festonnés de stalactites et les ruelles pentues du village de Murat, enfouissant l’ancienne cité médiévale, appuyée sur son rocher, dans un silence de coton.

Il gèle à pierre fendre. Dans le chœur de Notre-Dame-des-Oliviers, la Vierge noire frissonne ; sous la halle, les Auvergnats lève-tôt viennent aux nouvelles devant les étals de cantal. Le salers reviendra en mai, lorsque l’herbe fraîche aura repoussé sur les versants du Massif central.

Deux Petits Gris se hâtent vers le prieuré pour l’office de tierce ; l’épais tapis blanc étouffe leurs pas. Il règne une douce quiétude. En bas.

Là-haut, à 1855 mètres, le vent s’est levé. Les rafales déplacent des nuages de cristaux de glace acérés comme des lames de rasoir, formant des congères à la vitesse de l’éclair et piégeant un groupe de skieurs au bord de la crête.

Les soubresauts du Plomb du Cantal châtient les hommes qui, attirés par l’or blanc, plantèrent des pieux d’acier dans ses flancs pour dévaler ses pentes, sous-estimant le réveil d’un monstre dont l’éruption débuta il y a treize millions d’années.

Il fait meilleur vivre dans la vallée, au chaud devant un dé à coudre de gentiane jaunâtre et capiteuse à réveiller un mort.

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