apolline mariotte

Petites histoires vécues.

Mois : septembre, 2014

Héliotropes

Sur la commode, au milieu d’un désordre de boîtes à trésors et de cierges parfumés cher à sa propriétaire en cela que chaque objet invite à la rêverie, un bouquet ramassé d’héliotropes se rengorge et observe son reflet dans le trumeau posé derrière lui.

Dix héliotropes bien étoffés et bien serrés dont les tiges duveteuses et sans ramification sont rassemblées par un lien de chanvre forment un pompon safran au cœur brun dont la beauté me réjouit.

Je ne sais combien sont-ils ces pétales ovales et veloutés. La nature n’a pas lésiné sur leur nombre. Deux rangées méthodiquement disposées en quinconce emplissent toute la circonférence de la corolle. Invisibles de face, les feuilles, tout aussi touffues, sertissent la fleur en une couronne vert tilleul comme les griffes de métal précieux enchâssent la pierre d’une bague.

Toute à ma rêverie, je n’ai pas vu le temps passer. Fi ! Je le contemplerai à l’envi, recueillie devant sa délicatesse, jusqu’à ce qu’un à un, ses pétales se flétrissent et se posent sur le bois.

Gioia

[Nonne] Dove andate ?
[Noi] Ad Assisi.
[Nonne] Bravi !

Sur le bord de la route, dans les villages ocres et les champs à l’heure des labours, les encouragements ne sont pas rares. Dans la campagne ombrienne, le Saint aux oiseaux a laissé son empreinte séculaire et non moins vivante.

Nous avons quitté Rome et ses églises à chaque coin de rue, des écrins d’art et de spiritualité où les Caravage tapissent les chapelles et où les statues du Bernin posent leur regard de protection sur les mortels. L’effervescence de la ville aux presque trente siècles d’Histoire a laissé place à la quiétude des chemins pierreux bordés de figuiers.

Depuis plusieurs jours, nous suivons le tau. Et d’est en ouest, le soleil suit notre chemin, rythmant nos journées. Les tournesols aussi nous accompagnent, pivotant leurs têtes hérissées de graines sombres et auréolées de pétales dorés. Des buissons de romarin rampant tombent en cascade, nous indiquant la direction. De loin en loin, des allées de cyprès pointés vers le Ciel portent nos pas.

À Panicale, face au lac Trasimène, nous faisons une halte dans une bottega pour faire quelques provisions de fromages de brebis, fruits et croccanti. Puis nous nous remettons en marche.

Un peu plus loin, sur le sentier, profitant de l’ombre des pins parasols, nous nous délectons du jus sucré qui gicle des grains rubis et charnus détachés de grappes cueillies furtivement sur les pieds de vigne. La cuvée sera bonne.

Quand vient le soir, la fraîcheur d’un tuyau d’arrosage suffit à nous ragaillardir. Emmitouflés dans nos sacs de couchage, nous observons les étoiles suspendues dans le firmament. La marche a ouvert nos cœurs et chaque jour, nous réapprenons un peu plus à nous émerveiller.

L’aube de notre dernier jour de marche se lève. Aussi loin que porte le regard, dressée sur les contreforts du mont Subasio, Assise. Peu bavards, peut-être impressionnés, nous ne la quitterons plus des yeux. Au fil des heures, elle se rapproche.

D’abord une silhouette ivoire. Ensuite les champs d’oliviers à ses pieds. Puis des compagnons de route, deux habits blancs coiffés de guimpes noires précèdent nos pas vers le même objectif.

Lorsque l’on peut déceler les habitations, le recueillement fait place à l’excitation. La joie éclate. La joie, n’est-ce pas ce que nous devons choisir ?

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