apolline mariotte

Petites histoires vécues.

Mois : mai, 2013

La petite boutique des horreurs

Sur le site des anciens chantiers navals de Nantes vit un monde imaginaire, un bestiaire mécanique, fruit de l’imagination d’un ingénieur fantasque. Bricolant des mécanismes jusque tard dans la nuit, le machiniste farfelu parvint à reproduire un pou du ciel, audacieux bolide des illustres fous volants du début du XXe siècle. Non loin, un carrousel des mondes marins digne d’une aventure de Jules Verne précipite les curieux dans les abysses, à la merci d’un crabe géant et d’un calamar à rétropropulsion.

Dans ces lieux étranges, l’on se hasarde toujours plus loin. Sous une serre, dans une atmosphère tropicale, le règne végétal étend ses branchages, exhibant tout ce que la canopée sait produire et façonner. Un laboratoire de savant lunaire ou une authentique petite boutique des horreurs où l’on rencontre, derrière de rares spécimens de la flore, membracides, taupes foreuses et chenilles arpenteuses.

Des rangées de plantes carnivores révèlent leurs pièges lucifériens. Les Utriculaires, qui vivent en épiphytes, happent leur proie dans leur outre de capture. Les Rossolis engluent leur proie dans leurs poils glanduleux. Les Dionées referment leurs mâchoires sur leur proie. Les Népenthès emprisonnent leur proie dans leur urne. Quant à la Rafflésie, elle attire ses proies en dégageant une odeur de viande pourrie imperceptible par l’homme. Pièges à nasse, pièges à mucilage, cuiller à nectar pour les Héliamphores… Derrière leurs gracieux physiques, rhizomes souterrains et hampes florales aériennes, elles capturent, chacune à sa façon, leurs proies avec sauvagerie pour en assimiler tout ou partie et subvenir à leurs besoins.

Ces silhouettes prédatrices, ces visages carnassiers aux crocs acérés me rappellent vaguement quelque chose. Je l’ai sur le bout de la langue. Ah oui. La dernière vente privée de la marque aux carrés de soie.

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Le bébé

C’est mou, disproportionné et ça s’appelle un bébé. Quand il ouvre sa petite bouche en O, il laisse entrevoir un palais édenté, comme celui des vieux fossiles qui regardent passer les voitures, assis sur un banc avé le pastaga, les mains posées sur le pommeau de leur canne. Ses yeux bleu marine peinent à s’ouvrir tant ils sont sensibles à la lumière du jour. Les pieds en grenouille, ses petits poings fermés, de temps en temps, dans son sommeil, il sourit aux anges. Alors sa joue ronde remonte. Puis il tète, avec un petit bruit de mouillé. Son front se plisse. Les filles en sont dingues. Comme des bonnes fées, elles se penchent sur son berceau, béates. Et dire que dans vingt ans, le petit chou aura du poil au menton et chaussera du 47.

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