apolline mariotte

Petites histoires vécues.

Mois : décembre, 2014

Red velvet

Seul un œil observateur remarque le soupirail. À travers les barreaux en fer forgé, en contrebas de la rue, ce lieu empli par la pénombre est entouré de mystère. La lueur des chandelles révèle le velours rouge des crapauds à franges, les photos en noir et blanc qui tapissent les murs, jaunies par le temps, une carafe à cabochon remplie d’un liquide ambré ; le halo des lampes basses à pampilles de verre fait luire l’étain d’une lampe à pétrole, l’ébène d’une cave à liqueur, la porte en vitrail d’un meuble bas.

Je ne sais si c’est l’atmosphère feutrée qui étouffe les conversations ou si d’instinct nous parlons à voix basse. La barmaid met un certain temps à préparer nos cocktails, observant les règles de la mixologie. Elle dépose les philtres capiteux sous la lumière ténue d’une lampe Tiffany. L’abat-jour à facettes de verre opalescent, striées, martelées, mouchetées, éclaire la cerise confite qui s’est lovée dans le creux de l’un. L’autre, chargé de menthe, exhale un bouquet herbacé.

Un air de jazz suspend le temps alors qu’à travers la vitre du soupirail, l’on aperçoit les pieds des passants qui courent et le tumulte de la rue.

Dans cette atmosphère tamisée, presque occulte, il règne un magnétisme étrange. Je regarde autour de moi, discrètement, sans attirer l’attention, et découvre, sous l’escalier qui monte vers la rue, installée devant un guéridon, les doigts chargés de bagues, une cartomancienne diseuse de bonne aventure.

Crapule

Samedi matin, tout Boulogne semble s’être donné rendez-vous au supermarché, aspirant à se débarrasser de la corvée de courses pour entamer vraiment le week-end.

En balade avec papa, autrement dit aux anges, un petit bonhomme agrippé de sa main potelée au caddie des courses familiales regarde de toutes parts, autant que ses yeux à longs cils le lui permettent, devant la profusion de formes et de couleurs à sa portée.

Son nez retroussé rencontre les genoux empressés des clients, prolongés de lourdes semelles impatientes ou de dangereux talons qui trépignent, n’ayant que faire de ses trois pommes et de ses petits doigts qui risquent à chaque instant d’être pincés.

Une demi-seconde d’inattention a permis à Auguste de s’échapper et, oubliant les recommandations de son papa, de disparaître dans l’embouteillage des paniers.

Auguste a trouvé deux petits fromages identiques, qui tiennent dans ses paumes. Tout fier, il les brandit. Papa, papa ! Un filet de tomates dans une main, un paquet de couches dans l’autre, l’inquiétude d’avoir laissé son fils échapper à sa surveillance dans les yeux, son papa fronce les sourcils et le réprimande. Avec tendresse. Papa poule est un papa cool.

Auguste, tu ne touches à rien. Et tu restes avec papa s’il te plait.

Obéissant, Auguste repose les petits fromages. Les mains libérées, aussitôt, comme un moineau qui sautille, il file vers les fruits et légumes et, le sourire jusqu’aux oreilles, saisit de ses mains pleines de petits doigts un joli avocat bien brillant.

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