apolline mariotte

Petites histoires vécues.

Mois : août, 2015

CARNET DE VOYAGE I

LE LONG DE L’ADRIATIQUE

VII

Herceg Novi et Perast

 

Nous reprenons nos habitudes monténégrines. Herceg Novi est déserte aujourd’hui. Située à l’entrée des bouches de Kotor, elle présage de beaux paysages pour la suite du voyage.

Une fois nos affaires installées dans notre apartment – nous sommes maintenant rodés et cela ne nous prend que quelques minutes pour trouver un chaleureux point de chute – nous partons avec notre pique-nique et longeons la mer jusqu’à la vieille ville après avoir emprunté un dédale d’escaliers qui mène directement à l’eau.

Nous nous arrêtons sur une plage de galets. Un couple déjeune aussi, un peu plus loin. L’homme ne tarde pas à venir à notre rencontre et nous demande : vous êtes français ? Ces compatriotes toulousains nous expliquent leur jeu : tenter de deviner qui sont les français parmi les marcheurs qu’ils croisent. À croire que c’est écrit sur nos visages. Ou sur notre pique-nique. Nous décrivons brièvement nos itinéraires respectifs, échangeons quelques tuyaux puis nous séparons.

Nous déambulons dans les rues calmes de la forteresse de Spanjola, humons le parfum des citronniers en fleurs, salivons devant les figues encore trop vertes, nous asseyons quelques instants à l’ombre des essences exotiques du jardin botanique, rapportées il y a des années de leurs voyages par les marins. À l’église Saint-Léopold, les cordes qui actionnent les cloches pendent à l’extérieur, jusqu’en bas, de sorte que n’importe qui pourrait sonner. Un peu plus bas, deux églises côte à côte observent un équilibre précaire. Nous nous en rendons compte en sortant. À l’intérieur, tous les deux avions ressenti des nausées, d’un coup d’un seul. Effectivement, leur base n’est absolument pas plane. Le tremblement de terre de 1979 qui a touché toute la côte n’a pas épargné les deux édifices.

Le lendemain, sur la route qui s’éloigne de la ville, nous faisons une halte au monastère orthodoxe de Savina. Derrière ses murs et le spectacle de béatitude de deux petites chèvres qui s’abreuvent à la fontaine, il renferme un trésor d’art religieux qui a échappé aux pillages. D’ici, sur les hauteurs d’Herceg Novi, nous apercevons Rose, de l’autre côté de la baie, où nos pas nous ont menés quelques jours plus tôt.

Le temps se gâte, nous reprenons le volant et la direction de Perast. Nous nous garons à l’entrée du village de pêcheurs, face aux îles de Notre-Dame du Rocher et de Saint-Georges. Il pleut à torrents.

Nous attendons dans la voiture, espérant une accalmie. Au fil des minutes, la brume s’épaissit, masquant presque le monastère. Il faut nous rendre à l’évidence. Ce n’est pas une ondée passagère. Si nous voulons découvrir le village classé, il faudra affronter les intempéries. En outre, nous devrons être à Kotor avant ce soir, et trouver un logement pour deux jours.

Pour la première fois du séjour, nous sortons nos kways. Les tongs sont aussi un accessoire tout indiqué pour l’expédition.

Ce tout petit village ne compte pas moins de dix-sept églises catholiques, parfois minuscules. Au hasard de notre circuit, nous nous amusons à les recenser, nous efforçant de ne pas écraser les escargots qui se pressent sur les pavés et d’essuyer les gouttes d’eau qui ruissellent sur nos joues.

Sur le chemin du retour, les portes de Saint-Nicolas – saint patron des marins – dont le beffroi s’élève à cinquante-cinq mètres sont ouvertes. Nous nous y réfugions pour apprécier l’architecture baroque, ouvrage du vénitien Giuseppe Beati.

Nous arrivons à Kotor, toujours sous une pluie battante.

 

À suivre.

CARNET DE VOYAGE I

LE LONG DE L’ADRIATIQUE

VI

Dubrovnik

 

C’est sans doute l’appréhension du passage de la frontière qui nous réveille à l’aube. Notre petit-déjeuner avalé, notre chargement proprement rangé, nous roulons vers le nord-ouest. Nous décidons de prendre de l’essence avant de quitter le Monténégro. À peine sommes-nous arrivés dans la station qu’un pompiste vient à notre rencontre pour faire le plein. Nous lui laissons les quelques euros dus et repartons.

La route est déserte. Au poste de douane, seulement deux véhicules nous précèdent. Nous tendons nos passeports à l’employé qui répond par un froid car documents. Nous nous exécutons. Son œil fait l’aller et retour de nos photos à nos visages, l’homme tamponne le précieux sésame sur nos papiers, la barrière s’ouvre.

Nous longeons la Bosnie. Cette route ne semble pas avoir d’autre fonction que de relier les deux pays. Le poste de radio a basculé sur HR Radio Dubrovnik. Les plaques d’immatriculation croates se multiplient. Il ne nous reste qu’une dizaine de kilomètres. Nous arrivons par le haut de la ville. Une splendeur de toits ocre, ceints d’une muraille bordée par une mer bleu cobalt s’offre à nos yeux, à pic sous nos roues. Mais il nous faut être patients, la priorité étant de trouver un nid et de quoi mettre Polo à l’abri.

La mise en garde du loueur en tête, nous cherchons un apartment avec un garage fermé. Nous sonnons à l’une des adresses que nous avions notées. Construites en étages sur les flancs de la colline, les habitations ont une configuration particulière, on ne sait où se présenter. Pas de réponse. Peut-être sommes-nous trop matinaux. Nous continuons notre recherche. Ce n’est peut-être pas plus mal. Le parking de cet apartment est à la vue de tous.

Un peu plus loin, nous apercevons une rampe en descente, derrière une grille fermée par un cadenas. Au fond, des bouteilles en verre sont amassées. L’endroit ne paie pas de mine mais les quelques jours que nous avons passés depuis le début de notre périple ont entraîné notre esprit de déduction. Ce serait un parking idéal. À quelques mètres, un écriteau indique les apartments Kiki. Nous sonnons chez Kiki. Une femme avec une voix d’outre-tombe – elle a subi une trachéotomie – nous ouvre et nous fait visiter. Nous posons la question du parking. Nous avons eu le nez creux, c’est bien celui-là. L’affaire est conclue. Le passage est étroit, et en côte raide ; nous demandons au propriétaire de garer la voiture. Nous prenons tout notre barda, elle restera enfermée ces deux prochains jours, c’est un soulagement pour nous.

En prenant possession de notre apartment, nous sentons tout de suite que nous y serons bien. Une grande baie vitrée s’ouvre sur une terrasse baignée de soleil, face à la mer.

Nous préparons notre pique-nique et partons à pieds vers la vieille ville. Aujourd’hui, nous avons décidé de nous promener à l’extérieur, nous nous ferons un programme de visites pour demain. Nous entrons dans l’ancienne Raguse par la porte Ploče. Les dalles sur lesquelles nous posons les pieds sont lisses comme s’il avait plu tant il y a de passage. Dès nos premiers pas, nous allions être stupéfaits par la concentration de monuments. Chaque édifice est un monument, chaque balustrade est finement sculptée, chaque tuile ocre est parfaitement alignée avec ses semblables, chaque fontaine est délicatement travaillée, chaque détour dévoile une lanterne qui oscille sous la brise, un oranger dont les branches plient sous les fruits, un arc brisé surmonté de fagots de laurier séché, un jardin enclavé, un vitrail surmonté d’un chapiteau, un buisson de jasmin odorant.

Nous tirons quelques khuna, la monnaie locale, au distributeur et continuons notre balade. Les chats errants se prélassent au soleil devant les demeures de pierre. Nous pénétrons dans le couvent des dominicains et profitons de la quiétude du cloître à colonnades où les orangers et les palmiers s’épanouissent.

Latine et slave à la fois, la ville nous rappelle Rome. Du haut des remparts, on ne voit pas les rues tant elles sont serrées. D’un appui de fenêtre à l’autre, des fils à linge sont tendus. Un américain se fait photographier devant une ribambelle de petites culottes, et sa femme de lui adresser un Stan, you’re a perv résigné.

Nous rentrons dîner chez nous, sur les hauteurs. La lessive faite tout à l’heure dans le lavabo est déjà sèche.

Le soir venu, les campaniles éclairent la ville de leur lueur chaude. Nous redescendons vers les remparts. Nous avions vu que le quatuor à cordes de Dubrovnik jouait ce soir en l’église Saint-Sauveur. Les rues se sont vidées, les lanternes se sont allumées ; à côté du palais du recteur, le dong de la cloche du beffroi résonne, c’est un des souvenirs que je préfère de l’atmosphère de cette ville. Dans cette paix, les violons et violoncelles interprètent un pizzicato de Britten, sans archet. Epoustouflant.

De toutes celles que ma vie m’a donné de visiter, ce véritable joyau de la Dalmatie fera partie de mes villes préférées. Au cours de ce voyage, il est à chaque fois difficile de quitter une ville mais on se laisse toujours surprendre par la suivante

 

À suivre.

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