apolline mariotte

Petites histoires vécues.

Mois : octobre, 2013

La décadente

Je porte la cuiller à entremet à mes lèvres, ouvre la bouche et, fermant les yeux, absorbe son contenu avec une satisfaction non dissimulée. Par capillarité, le sucre passe aussitôt dans mon sang jusqu’à saturation. Peu de temps après, par infiltration de la barrière hémato-encéphalique, le sucre rejoint mon cerveau et, à la manière d’une gorgée de vin, agit comme un tranquillisant. Réduite en bouillie, la cuillerée s’engage dans ma gorge, glisse dans mon œsophage, le poids de sa concentration en glucides et lipides la précipitant dans mon estomac.

En une bouchée, le moelleux régressif de la brioche imbibée de lait et d’œufs battus puis poêlée rencontre la douce tiédeur d’un épais et onctueux caramel au beurre salé ramolli au bain-marie et le froid sibérien de la glace au calisson aux subtils accents provençaux d’amande et de fleur d’oranger.

J’ai nommé la décadente brioche perdue, caramel au beurre salé de Normandie, glace au calisson. Le Paradis, au moins.

Publicités

Polo

Polo c’est moi. Polo c’est le sobriquet que mes collègues m’ont donné. Au début je n’aimais pas trop. Et puis j’ai fini par l’adopter, et puis même par l’aimer. Eux aussi ont fini par m’adopter. Mais quand je suis arrivée, ils m’ont vue d’un drôle d’œil.

De cet œil qui dit : celle-là, c’est une bourge. Pire. Une bourge du 17e. Raté. J’étais une bourge du 7e. On ne mélange pas la rive droite et la rive gauche. Et puis il y a Olivia. Moi j’aime bien l’appeler Olive. Mais je crois que ça ne lui plaît pas. Olive elle croyait que j’avais une gouvernante. Rendez-vous compte. Bien sûr que j’ai une gouvernante qui me mitonne des petits plats tous les jours. Et puis des courtisans pour la cérémonie du grand lever. Et puis une femme de chambre qui me saupoudre le museau de poudre de riz tous les matins. Et puis je pars travailler en phaéton. Si elle avait vu mon petit nid, Olive me demanderait où je mets ma gouvernante. Ce n’est pas vraiment la galerie des Glaces.

Ils s’imaginent que je passe mes samedis après-midi à prendre le thé l’auriculaire dressé en grignotant des scones du bout des incisives devant un samovar. C’est à cause de la bague. La bague ? Ah oui. Enfin s’ils savaient qu’elle trempe un peu plus souvent dans le cambouis qu’elle ne sert à apposer mon sceau sur des lettres de château.

Mais tout ça finalement ce n’est pas si mal. C’est toute la force de mon personnage. En vrai, je peux passer des journées entières en pyjama en pilou sans me laver, ils ne me croient pas. Et ce que j’aime par-dessus tout, c’est prononcer d’effrayantes grossièretés. Alors j’entends des Polo ! – prendre le ton de Béatrice de Montmirail – indignés.

%d blogueurs aiment cette page :