Le salut du Général

par apollinemariotte

Par un matin de juillet en pays d’Ouche, dans le clocher de l’église Saint-Georges, le marteau s’abat pesamment sur l’airain. Le vent a poussé les nuages devant le pâle soleil et le crachin s’est mis à tomber. Une procession de parapluies sombres s’attarde à la sortie des funérailles.

Le cercueil apparaît ; à sa suite, le Général de G., amaigri dans son uniforme. Ma vue se brouille. Mes yeux emplis de larmes fuient des regards voilés par la douleur.

Entre ces quatre planches d’une trivialité insoutenable, il y a tout. Absolument tout, réduit en poussière. Plus d’un demi-siècle de vie partagée, des noces de diamant, quatre enfants, huit petits-enfants, des épreuves et des joies par centaines.

Mon immaturité – certainement – fait grandir en moi un sentiment de révolte. Comment se résigner à accepter l’inacceptable ? Quelques secondes plus tard, je me fustigeai de ma faiblesse à la vue du Général, si droit et si digne.

Avant que la portière du corbillard ne se referme, les yeux fixés sur cette boîte portée par quatre croque-morts en costumes résolument morbides, le Général, au garde-à-vous, disant Adieu à sa femme, salua.

Plusieurs années après avoir quitté l’armée, ce fut sans doute le plus beau salut de sa carrière.

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