apolline mariotte

Petites histoires vécues.

Mois : janvier, 2015

La pêche aux crabes

À quelques milles du port de Saint Martin en Ré, le First 36.7 Sergent Garcia, en pleine régate, effilé, reprend la direction du large après avoir fait étape quand un raclement sourd retentit dans la coque. Un à-coup nous projette tous vers l’avant et le voilier s’immobilise.

La marée descend à vue d’œil et dans notre précipitation, occupés à la barre ou au winch, nous n’avons pas consulté les cartes marines qui nous auraient signifié le relief à éviter.

Les membres de l’équipage jettent tour à tour un œil interrogateur à Baptiste, notre ami skipper, attendant un ordre. Celui-ci vient vite. Tous à bâbord. Nous faisons contrepoids pour dégager la quille du sable. En vain. Nos corps sont une plume sur le colosse qui, rattrapé par la gravité, a perdu toute souplesse. À la VHF, nous comprenons que les autres équipages nous abandonnent et mettent le cap vers la Rochelle. Alertée depuis la terre par le spectacle du mât qui se couche de plus en plus, une vedette côtière de gendarmerie vient nous porter secours. L’un des hommes arrime le mât, puis, à plein moteur, nous tracte avec son zodiac. Rien n’y fait.

Equipé d’un masque, Baptiste plonge pour sonder le fond. Lorsqu’il refait surface, nous nous rendons à l’évidence. Nous sommes quittes pour passer la nuit ici en attendant que la marée remonte. Au fur et à mesure que l’eau descend, le voilier se couche sur sa coque, jusqu’à atteindre quarante-cinq degrés. Dans l’habitacle, tout est sens dessus dessous. Nous qui aimions que ça gîte ! Nous sommes servis.

Une interrogation demeure. Triviale. Mais ébranlés que nous sommes, elle prend autant d’importance que la perspective d’une brèche dans la coque. Qu’allons-nous mettre dans nos estomacs ? Précautionneux, nous avions rempli les caissons de bière et de sardines. Ça vous leste un voilier.

Sur la jetée, les promeneurs assistent à ce tableau pour le moins insolite. Assis sur le pont, presque à la verticale, nous entrechoquons nos bouteilles. Personne avant nous n’a décapsulé sa bière ici, et personne ne le refera plus. Dès que la mer sera haute, ce lieu aura disparu. À l’horizon, la boule rougeoyante sera bientôt engloutie par les eaux. Ce moment mérite tout de même un apéro plus fin.

Prudemment, nous risquons un pied dans l’eau. Elle nous arrive à mi-mollets, pas plus. Nous remontons nos jeans et pêchons à la main les étrilles qui batifolent aux alentours du bateau.

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Depuis 1934

J’introduis la friandise entière dans ma bouche. Le petit nuage ne souffre pas qu’on le croque.

L’objet de ma gourmandise mesure trois ou quatre centimètres de diamètre. D’un blanc laiteux, il s’élève en une proéminence striée. Il a quelque chose de céleste. On dirait un morceau de brume qu’on aurait attrapé puis mis au four.

La fine croûte qui l’enveloppe cède sous mon palais. Le craquement se répercute et résonne à l’intérieur de ma boîte crânienne. Mes molaires entament le cœur, là où c’est moins cuit. Et là où c’est moins cuit, c’est cotonneux, moelleux, ça colle aux dents. Un peu moins qu’un caramel mou. C’est le meilleur.

Du premier au dernier, pas un petit-enfant n’a jamais plongé à pleines mains dans la boîte en fer tendue par Mutti qui sourit. Avant même de savoir parler, le petit doigt potelé sait la montrer pour réclamer.

C’est bien connu, on attrape les petits-enfants avec les meringues de Mutti.

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