Douce Yeu

Sacrés patagos. Ils sont rares et ont élu domicile dans un lieu tout aussi rare : les fonds sableux d’un rocher planté de genêts au large de Fromentine – ancien haut lieu de la culture du froment – où l’on goûte une rare douceur de vivre.

Au volant d’une Méhari aux dures suspensions ou bien d’une Deudeuche qui toussote, quand ce n’est pas à califourchon sur une bicyclette antédiluvienne, le visage buriné et les cheveux décolorés par le soleil, les Islais, toujours flanqués de leur paire d’espadrilles et de leur pull épais, vont et viennent dans les petites rues aux noms qui laissent rêveur, rue des Caraïbes, rue des Farfadets, rue des Corsaires.

Les basses maisons parées de denses massifs d’hortensias arborent leurs jolis volets colorés des teintes des bateaux, gris, bleu ou jaune, coquetterie emblématique de l’île dont oncle Pierre et tante Chantal nous livrent le secret autour d’un verre de Cardinal dans leur maison de pêcheur.

Plus haut, dans des paysages de lande écossaise, il règne une atmosphère particulière. La côte granitique, frappée par les embruns, abrite des criques désertiques et leur apparente hostilité est un refuge béni pour qui apprécie la solitude. Le Vieux Château, érigé sur l’un de ces éperons rocheux, inspira Hergé pour Tintin et l’Ile Noire. Des croix et des chapelles, comme celle qui surplombe le port de La Meule, se dressent le long de la côte, offrant leur paix aux navigateurs.

Au loin, des bouées laissent deviner la présence de casiers. Il n’est plus d’heure ni de jour, il n’est plus de devoirs, ni d’obligations.

Au crépuscule, quand le ressac s’est calmé, on se rassemble autour d’une grande tablée ou d’une partie de Mölkky, avant de rentrer refaire le monde autour du feu de cheminée en dégustant une part de tarte aux pruneaux. Et justement, si le monde était à refaire, que referait-on à l’identique ? L’Ile d’Yeu, certainement.

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