apolline mariotte

Petites histoires vécues.

Mois : avril, 2013

Crotte alors !

À chaque fois je m’en mords les doigts et pourtant, je recommence. Quelle mouche m’a piquée le jour où j’ai pris un billet de TGV, départ de Paris Montparnasse un samedi matin à 7h23 ?

À 5h15 la sonnerie hurlante de mon réveil m’inflige la première souffrance. Le manque de sommeil me fait tourner la tête. Puis, les petites contrariétés se succèdent parce qu’à 5h15, forcément, rien n’est fluide. Sauf la belle noisette de crème hydratante que j’étale consciencieusement sur ma brosse à dents électrique avant que ma langue engourdie ne détecte un problème. Aurais-je croqué dans un pain de savon ? Vient ensuite le moment de s’arracher à la chaleur de l’immeuble endormi pour mettre le nez dehors et sentir son épiderme aussitôt saisi par un froid de canard et ses cheveux encore mouillés se figer sur leur cuir. Je bipe mon pass Navigo et descends sur le quai, les yeux rivés sur les inscriptions lumineuses qui décomptent le temps avant le passage du prochain métro. Dix minutes. Et ça clignote. Mauvais signe. Je m’écarte du groupe d’étudiants éméchés de retour de soirée. Ils rentrent se mettre à l’horizontale les veinards. Je monte dans la rame et m’assieds avec soulagement sur le strapontin le plus proche avant que mes narines engourdies ne détectent un problème. Cela ne sent pas le pain de savon. Surtout, ne pas marcher dedans.

À Montparnasse, par chance, mon train est déjà entré en gare. Après avoir bondi de côté pour éviter un vol en rase-motte d’un pigeon mal élevé, puis bondi de l’autre côté pour éviter un lancer de mégot d’un festivalier mal embouché, je monte enfin dans ma voiture et m’avachis avec bonheur sur le siège numéro 13.

Quelques minutes plus tard, enveloppée dans un joli manteau violine, entraînant dans son sillage une douce odeur de propre, un Caramel Macchiato Starbucks à la main, une jeune femme pénètre dans le wagon et s’assied à côté de moi. Enfin quelque chose d’agréable, je n’ai pas tiré la place contiguë à celle du festivalier.

Contrairement à moi, Hélène ne semble pas avoir d’animosité particulière avec le 7h23. Bottines en daim à talons, cheveux blonds délicatement relevés, maquillage peau de pêche, foulard vaporeux soigneusement noué. J’ai honte. Converses éculées aux pieds, écharpe oversize en guise d’oreiller de voyage, sac en bandoulière, j’ai plus une allure de teenager que de working girl dans la fleur de l’âge.

Le train s’ébranle et rapidement, je somnole. Plus tard, au beau milieu du pays nantais, je remue mes membres ankylosés et tourne ma nuque percluse. Mes yeux se posent alors sur ma voisine.

Cette fois je suis réveillée comme un nid de souris. Comment diantre peut-elle faire entrer son doigt de la sorte dans un nez en trompette si croquignolet ?

Crotte alors ! Et moi qui croyais que les filles étaient des princesses.

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La pie

Saperlotte, du volatile il n’a guère le ramage mais bien l’inquisition le bougre. Au septième étage face, depuis sa vigie de quadra, il épie. Entre quatre murs tapissés de moquette, réglé comme du papier à musique, il passe tranquillement à l’état de croûton, rasséréné par ses odeurs de soupe à l’oignon et ses tocs de vieux garçon.

En planque derrière l’œil, il vit au rythme du va-et-vient de l’ascenseur et des indiscrétions de la copropriété. L’inactivité le ronge comme la corde élimée du tapis de son entrée et le tic tac de la pendule égrène les longues secondes d’une vie tristement stérile et morne comme un Damart.

Il hait ces gens qui néanmoins ont le mérite d’occuper sa vie. Ce type aurait dû vivre en ermite au milieu de la Pampa. De la Pampa, il a pris les techniques de sioux pour assouvir son besoin de savoir. Savoir quoi au juste ? Que Paul Durand est rentré ce soir du 4 avril 2013 avec une botte de poireaux de chez Momo, le petit épicier du coin de la rue.

Première technique de Pie Rusée : faire mine d’attendre quelqu’un et prendre un air faussement déçu à l’ouverture de la porte. Tiens, Mademoiselle Dulourd prend l’ascenseur pour un monte-charge. À signaler au conseil syndical.

Deuxième technique de Pie Rusée : sortir sa poubelle sur le palier. Elle est toute pimpante, prête pour sa prochaine descente. Tiens, Monsieur Soulard a acheté deux packs de bière. Si nuisances nocturnes ce week-end, notifier au conseil syndical.

Troisième technique de Pie Rusée : laisser sa paire de Scholl sécher sur son paillasson. Les chaussures doivent prendre l’air de la cage d’escalier au moins une fois par jour. Pauvre paillasson. Il est aussi rêche que son propriétaire.

En face de son homologue à poils – qui, soit dit en passant, exhibe un chat dans une position lascive adressant au visiteur un désopilant Chalut – il nous fait l’affront de porter fièrement l’inscription Le Paradis, c’est ici. 

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