Les neiges éternelles

A neuf cent dix mètres, dans les Alpes de Haute-Provence, sous les toits de pierre du Lauzet, l’heure est à la sieste. Les silhouettes coniques des mélèzes se reflètent dans l’Ubaye.

Equipés d’un simple camelback, nous gravissons le massif. Sur le chemin, nous croisons un berger ; il déplace son troupeau. Sa physionomie semble d’un autre temps. Taiseux, il consent néanmoins volontiers à échanger quelques mots, à raconter sa situation, satisfaisant notre curiosité. Cela fait plusieurs années qu’il n’a pas vu la ville. Une jeune chèvre brune l’accompagne. Peu craintive, elle se prête à nos jeux, plantant ses petits sabots sur nos cuisses, attrapant avec ses dents tout ce qui est à sa portée.

En contrebas, sur la route en lacets, une voiture minuscule contourne le sommet. Les clochers carrés sont si petits que l’on dirait des jouets. Depuis quelques temps, la neige a fondu et l’herbe grasse tapisse les flancs de la montagne. Myosotis, anémones, ciboulette et coquelicots graciles poussent en champs sauvages. Ici, les abeilles préparent le miel mille fleurs. L’eau glacée du torrent coule avec fracas, choquant les pierres.

Au fur et à mesure de notre ascension, la température baisse. Au bout de quelques heures, notre récompense se dévoile sous nos yeux. Le lac aux eaux d’un bleu indien est là, sa surface mate à peine plissée par le vent. L’on aimerait s’y baigner mais y tremper un seul doigt de pied serait le condamner. Car ici, les neiges n’ont pas fondu, elles sont éternelles.

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