apolline mariotte

Petites histoires vécues.

Mois : mai, 2014

Nul besoin de partir au bout du monde

Sur la rocaille du GR 98 qui relie Marseille à Cassis, chaque pas semble minuscule à l’échelle de la distance qu’il reste à parcourir. Pourtant, c’est un pas de géant.

Ce pas soulève un sac de douze kilogrammes, le nécessaire pour vivre. Il hisse un corps, parfois gauche et déséquilibré par le poids, le long du dénivelé abrupt de la calanque d’En Vau. Il porte trois litres d’eau, ration d’une journée sous un soleil de plomb dans la garrigue. Il gravit les confins sauvages du beau pays de France et les sommets de la Création. Il résiste à la poussée du mistral le long des versants vertigineux. Il déplace un corps resté à l’horizontale six minuscules heures la nuit précédente, sur un sol rudement dur et habité de bestioles déplaisantes aux poltrons.

Je marche dans les pas de la vigoureuse paire de jambes qui me précède, emboîtant sa foulée. Et malgré les kilomètres et le chargement, les pattes sont encore vaillantes. L’effort devient plaisir, et le plaisir simplissime d’avancer un pied après l’autre, une satisfaction. L’âne mort que l’on pensait avoir sur le dos en laçant ses chaussures au petit matin s’est lové contre l’épine dorsale et le corps l’a comme assimilé.

Nous marquons une pause pour mesurer notre progression sur la carte topographique et nous assurer que nous nous dirigeons dans la bonne direction. Nous levons les yeux. Au détour du sentier, le Cap Canaille dévoile son museau ocre – et récompense au centuple notre persévérance – et le programme de demain. La route des crêtes.

Le 100 mètres nage libre

Il y a ceux qui sprintent et ceux qui barbotent.

Ceux qui épatent et ceux qui papotent.

Celui qui, chaussé de palmes, envahit la ligne, fendant l’eau et vos cuisses.

Celui qui, doté d’un fort ego – et d’un fort mauvais crawl – éclabousse le bassin entier, imitant les champions olympiques, du mieux qu’il puisse.

Ceux qui nagent en biais et ceux qui devraient plonger en biais.

Ceux qui se mouchent à chaque demi-tour et ceux qui crachent à chaque expiration.

Celui qui fait un  concours d’apnée dans le petit bain.

Celui qui fait ses ablutions – s’exhibant nu comme un vers dans les douches communes – et cette tige pilaire frisée qui s’accroche comme une bernique à son rocher sur vos mains fripées par une immersion prolongée et vous rappelle que cet autre là aurait dû les faire avant de venir.

Le palmarès de la natation dominicale française regorge d’espoirs et de promesses de médailles.

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