Red velvet

par apollinemariotte

Seul un œil observateur remarque le soupirail. À travers les barreaux en fer forgé, en contrebas de la rue, ce lieu empli par la pénombre est entouré de mystère. La lueur des chandelles révèle le velours rouge des crapauds à franges, les photos en noir et blanc qui tapissent les murs, jaunies par le temps, une carafe à cabochon remplie d’un liquide ambré ; le halo des lampes basses à pampilles de verre fait luire l’étain d’une lampe à pétrole, l’ébène d’une cave à liqueur, la porte en vitrail d’un meuble bas.

Je ne sais si c’est l’atmosphère feutrée qui étouffe les conversations ou si d’instinct nous parlons à voix basse. La barmaid met un certain temps à préparer nos cocktails, observant les règles de la mixologie. Elle dépose les philtres capiteux sous la lumière ténue d’une lampe Tiffany. L’abat-jour à facettes de verre opalescent, striées, martelées, mouchetées, éclaire la cerise confite qui s’est lovée dans le creux de l’un. L’autre, chargé de menthe, exhale un bouquet herbacé.

Un air de jazz suspend le temps alors qu’à travers la vitre du soupirail, l’on aperçoit les pieds des passants qui courent et le tumulte de la rue.

Dans cette atmosphère tamisée, presque occulte, il règne un magnétisme étrange. Je regarde autour de moi, discrètement, sans attirer l’attention, et découvre, sous l’escalier qui monte vers la rue, installée devant un guéridon, les doigts chargés de bagues, une cartomancienne diseuse de bonne aventure.

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