Fauteuils d’orchestre

par apollinemariotte

En attendant l’ouverture du rideau empesé et les premières notes de la Flûte enchantée, enfoncés dans de soyeux fauteuils d’orchestre pourpres, nous nous plaisons à observer les spectateurs. Dans les allées, le va-et-vient des ouvreuses participe à l’agitation chic de cet écrin clos et feutré où miroitent les pierres des dames et les montres des messieurs.

La sonnerie retentit. Au dernier moment, un groupe de grands-parents prend place devant nous, dans les rangs restés vides.

A notre grande surprise, chacun d’entre eux a la chance d’avoir encore son alter ego. Ils sont tirés à quatre épingles. Ils appartiennent probablement à la dernière génération qui trouve tout naturel de faire un effort vestimentaire pour sortir. Les femmes pétulantes ont suspendu de longues boucles à leurs oreilles et noué de jolis foulards de soie autour de leur cou. Les hommes sémillants ont revêtu leur costume et choisi de précieux boutons de manchettes.

Ravis de se retrouver, ils poursuivent des conversations animées. La complicité qui se dégage de leur groupe force l’admiration. Les traits d’humour et les boutades fusent. On devine qu’ils se connaissent depuis toujours, leur amitié et leur fidélité traversant les années, sans prendre une ride.

Au fil de ces mêmes années, ils ont regardé avec tendresse les sillons se dessiner sur le visage de l’autre… ou peut-être ne les ont-ils même pas vus apparaître ?

L’on aimerait être des leurs, quitte à consentir quelques rides et cheveux blancs. Cette vieillesse là nous plairait bien.

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