Nul besoin de partir au bout du monde

par apollinemariotte

Sur la rocaille du GR 98 qui relie Marseille à Cassis, chaque pas semble minuscule à l’échelle de la distance qu’il reste à parcourir. Pourtant, c’est un pas de géant.

Ce pas soulève un sac de douze kilogrammes, le nécessaire pour vivre. Il hisse un corps, parfois gauche et déséquilibré par le poids, le long du dénivelé abrupt de la calanque d’En Vau. Il porte trois litres d’eau, ration d’une journée sous un soleil de plomb dans la garrigue. Il gravit les confins sauvages du beau pays de France et les sommets de la Création. Il résiste à la poussée du mistral le long des versants vertigineux. Il déplace un corps resté à l’horizontale six minuscules heures la nuit précédente, sur un sol rudement dur et habité de bestioles déplaisantes aux poltrons.

Je marche dans les pas de la vigoureuse paire de jambes qui me précède, emboîtant sa foulée. Et malgré les kilomètres et le chargement, les pattes sont encore vaillantes. L’effort devient plaisir, et le plaisir simplissime d’avancer un pied après l’autre, une satisfaction. L’âne mort que l’on pensait avoir sur le dos en laçant ses chaussures au petit matin s’est lové contre l’épine dorsale et le corps l’a comme assimilé.

Nous marquons une pause pour mesurer notre progression sur la carte topographique et nous assurer que nous nous dirigeons dans la bonne direction. Nous levons les yeux. Au détour du sentier, le Cap Canaille dévoile son museau ocre – et récompense au centuple notre persévérance – et le programme de demain. La route des crêtes.

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