La décadente

par apollinemariotte

Je porte la cuiller à entremet à mes lèvres, ouvre la bouche et, fermant les yeux, absorbe son contenu avec une satisfaction non dissimulée. Par capillarité, le sucre passe aussitôt dans mon sang jusqu’à saturation. Peu de temps après, par infiltration de la barrière hémato-encéphalique, le sucre rejoint mon cerveau et, à la manière d’une gorgée de vin, agit comme un tranquillisant. Réduite en bouillie, la cuillerée s’engage dans ma gorge, glisse dans mon œsophage, le poids de sa concentration en glucides et lipides la précipitant dans mon estomac.

En une bouchée, le moelleux régressif de la brioche imbibée de lait et d’œufs battus puis poêlée rencontre la douce tiédeur d’un épais et onctueux caramel au beurre salé ramolli au bain-marie et le froid sibérien de la glace au calisson aux subtils accents provençaux d’amande et de fleur d’oranger.

J’ai nommé la décadente brioche perdue, caramel au beurre salé de Normandie, glace au calisson. Le Paradis, au moins.

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