Les deux oreilles et la queue

par apollinemariotte

Au pied des Cévennes, dans les arènes de la romaine et antique Nîmes, un frémissement parcourt les gradins. Léa Vicens, l’enfant du pays revenue de sa finca sévillane a pris quelques minutes plus tôt l’alternative des mains de son mentor Angel Peralta et attend, déterminée dans ses étriers, la charge du toro.

Le public se tait, la fanfare démarre, la porte à deux battants s’ouvre pour laisser entrer 550 kilos de muscles surmontés d’une paire de cornes. Fraîchement adoubée, la virtuose entame alors un jeu de jambes à mi-chemin entre le combat et la danse, tantôt s’approchant jusqu’à coller le poitrail de sa monture à la bête, tantôt prenant de la distance pour mieux revenir et poser le rejón de castigo. Une acclamation salue le geste alors que la lame d’acier commence à affaiblir le toro et qu’un drapeau se déroule de la hampe, restée dans la main de la rejoneadora.

Viennent les banderilles, aux couleurs de la cité taurine. Une dans chaque main, les rênes sur l’encolure du cheval, la torera charge à son tour et, testant la bravoure de l’animal, évitant d’un coup de rein une cornada, les pose simultanément. Ovation dans le public coiffé de panamas. La sagesse populaire décèle la maestria dans le geste.

Enfin, galvanisée par l’enjeu, sous les yeux de Marie Sara et Diego Ventura, Léa Vicens conquiert l’arène par des passes templées, domptant l’indomptable, amenant le plus froussard des animaux à se laisser charger par un toro sans se dérober, jusqu’à porter l’estocade.

Pour son courage et son engagement, Léa reçoit des mains de son peón une oreille.

Le soir venu, les nîmois convergent pour le lâcher de toros qui enfièvre la ville. Jusqu’au petit matin, le cœur de celle-ci battra pour la tradition.

La veille, la pégoulade a donné le coup d’envoi de la Feria des Vendanges et, sous la protection de la tour Magne, les aficionados se sont retrouvés dans les bodegas, savourant gardianne de toro et Costières de Nîmes.

Nos treize verres remplis d’un élixir jaune clair anisé doucereux, nous trinquons aux sudistes. Pour le Sud, je donnerais les deux oreilles et la queue.

Publicités