Éloge du néant

par apollinemariotte

23 ans, un Bac+5 en poche et de la motivation à revendre, j’entamai mes recherches d’emploi avec l’envie de croquer la vie active à pleines dents. J’allais découvrir que le quotidien du chercheur est bien solitaire.

Après des premières semaines intensives à postuler dans les entreprises qui m’avaient toujours fait rêver, à briguer des postes depuis longtemps convoités, mon courage commença à faiblir. Les journées se succédaient, vides et sans but, sans l’ombre d’une opportunité à l’horizon. Trois mois s’étaient écoulés lorsque je reçus une convocation du Pôle Emploi à un premier rendez-vous. Enfin un horaire, une bonne raison de s’habiller, un espoir. Guillerette et pimpante, je me présentai ce lundi de novembre au Pôle Emploi et rencontrai le conseiller qui allait me prêter main forte dans la réalisation de ma quête.

Après de longues minutes à farfouiller dans la nébuleuse codification ROME pour me trouver une case, mon conseiller décida de me ranger dans la E1103, chargée de communication. Adjugé. Après de longues minutes à épeler i-n-t-e-r-p-r-é-t-a-t-i-o-n pour compléter mon profil, nous étions fin prêts pour commencer la séance. Il se lança alors dans une longue diatribe, brossant le portrait des demandeurs d’emploi qui faisaient son quotidien. Je l’écoutai avec sollicitude, comprenant sa détresse. Lorsqu’il se tut, j’allais aborder mon projet professionnel quand il m’interrompit net. Je vais devoir vous laisser, vous comprenez, j’ai quelqu’un d’autre après vous. Abasourdie, je ne dis mot, esquissant un sourire en enfilant mon manteau.

Quinze jours plus tard, je recevais, par courrier – moyen diablement réactif sur un marché du travail en berne – une offre de chargé de communication au sein de l’Association française des polyarthritiques.

Note pour plus tard : si je n’ai besoin de rien, leur demander.

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