Standing

par apollinemariotte

La relève arrive à 14h. Quand ce n’est pas 14h15 ou 14h30. Dans un crissement de pneus, elle gare sa poubelle sur le bateau, devant l’agence. La portière s’ouvre alors sur deux larges chevilles chaussées de sabots de bois.

Elle pousse le tourniquet de verre du 36 bis. Ce lundi, elle a jeté son dévolu sur une robe léopard et un sac à franges. Un chewing-gum coincé entre deux molaires, elle prend son poste. Elle va passer l’après-midi à observer les allées et venues, spectatrice de vies bien remplies.

Plusieurs fois dans l’après-midi, elle sort fumer sa sèche. Entre deux bouffées, elle bavarde avec le mécano du garage Peugeot. Une fumée jaune et épaisse s’échappe de sa Gitane maïs, les volutes enveloppant son visage olivâtre et ses ongles au vernis écaillé.

En fin de journée, un groupe de jeunes filles quitte l’agence en plaisantant : le banc de morues est de sortie. De sa voix d’outre-tombe, elle rétorque, goguenarde : tant qu’y-a pas l’odeur…

Au 36 bis, l’accueil des clients est des plus hauts standings.

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