Blanche-Neige

par apollinemariotte

Passé le tumulte du pont Jacques Cartier, l’on avale les kilomètres dans les vastes étendues canadiennes. Les rencontres se font de plus en plus rares et l’on s’enfonce dans des paysages de fjords. Les sapins vert émeraude se reflètent dans les eaux grises des lacs, des oiseaux marins au long cou juchés sur les rochers nous observent.

L’on grignote quelques bagels Philadelphia-concombre accompagnés de bière d’épinette devant le spectacle assourdissant des chutes Montmorency avant de reprendre la route. Quelques heures plus tard, à notre arrivée à la baie Sainte-Catherine, une file de voitures et de trucks attend déjà sous une pluie battante l’accostage du traversier.

Nous voilà enfin sur l’autre rive, à quelques kilomètres seulement de notre objectif, l’embouchure du Saint-Laurent et la baie des Escoumins, avec la ferme intention d’y croiser Moby Dick.

Le lendemain aux aurores, nous nous postons sur la plage de l’anse aux Basques, les yeux rivés vers l’horizon. Des bancs de bélugas apparaissent au loin, laissant présager le meilleur. Au signal de Pierre, vieux loup de mer à l’accent chantant, nous prenons place dans le zodiac après avoir enfilé une combinaison. Nous prenons le large.

Au fur et à mesure que nous progressons, une purée de poix cerne notre embarcation et s’abat jusqu’à toucher la surface de l’eau. La visibilité est réduite, l’air est poisseux. Nous croisons des phoques dont le museau et les moustaches surnagent, des marsouins qui se déplacent en de gracieuses chorégraphies. Au bout d’une heure et demie, nous n’avons toujours pas rencontré de baleine. À regrets, nous nous rendons à l’évidence. Elles semblent ne pas être de sortie aujourd’hui.

Pierre opère un demi-tour pour rebrousser chemin quand au loin dans la brume, maman aperçoit une masse sombre. Serait-ce la grande bleue ? Remplis d’espoirs, tous les équipages mettent le cap sur cette forme qui se meut à quelques centaines de mètres. L’excitation est à son comble. Dans une ambiance de chasse à la baleine, tous les yeux scrutent l’animal.

Arrivés à proximité du cétacé, nous constatons avec plaisir qu’il ne s’enfuit pas. Les Ecumeurs coupent les moteurs et nous pouvons observer tout à loisir la bête évoluer autour de nos embarcations, jusqu’à les frôler parfois. À chaque apparition, des cris et des hourras montent des zodiacs.

Ce ne sont pas un, ni deux mais trois rorquals communs de 50 tonnes que nous verrons ce jour là, plongeant et réapparaissant maintes fois, leur peau lisse et grise rappelant la cuirasse des sous-marins. Et pour clore cette odyssée, Blanche-Neige nous a fait l’honneur de sa présence, nous dévoilant sa queue blanche, majestueuse.

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