Joyeux enfants

par apollinemariotte

Non loin des sources de la Seine et de l’abbaye de Fontenay, Aisey dresse ses vieilles pierres et sa tour à pigeonnier.

Les générations successives ont construit l’histoire de cette bâtisse, parfois sombrement, d’autres fois plus légèrement. Légèrement pour les jeunes générations qui batifolent entre les groseillers à maquereau, se font attraper les dents noires de cassis, dérouillent les tapettes à souris, livrent dans le lavoir des batailles d’eau sans merci, concoctent des potions de thym et d’oseille, tandis que les grands font refroidir le Chablis au fond du puits.

Sous le poirier, les oncles ont chaussé leurs Vuarnet et allumé des Lenceros de Cohiba. Les tantes ont enfourné la tarte aux abricots. Mutti referme le 237e pot de mirabelles au sirop qui fera les délices des soirées d’hiver. Puis elle reprend ses aiguilles et entame sa 82e paire de chaussons, un écrin douillet pour les petons de Baudouin. Ou de Léopoldine. Ou d’Augustin.

Mutti tricote, Mutti raccomode, Mutti donne sa chemise. Mutti débarrasse, Mutti repasse, Mutti donne sa chemise. Mutti si bienveillante pose ses doux yeux jaunes et verts sur ses oisillons.

Entre chien et loup, les chauves-souris sortent du bûcher en un ballet nocturne.  L’on ouvre le coffre des Saints et l’on entame une partie de Nain Jaune, dans l’insouciance, autour de Mamée.

Mamée qui, des décennies plus tôt, entendit frapper à sa porte. À 39 ans, elle avait accouché peu auparavant de son septième enfant. Ce 9 août 1944, elle se résolut à ouvrir à deux agents de la Gestapo tandis qu’au fond du jardin, Papy, Procureur de la République de son état, faisait le mur pour leur échapper.

Publicités