Dans les entrailles de la Terre

par apollinemariotte

Des pieds de thym en fleurs bordent le sentier du Blanc-Martel. Au fond des gorges coule une eau d’un bleu opaque et laiteux, comme si l’on y avait jeté une dose de lessive. Dans les flots tumultueux du Verdon, un radeau pneumatique est emporté comme un fétu de paille. L’écho répercute les sons sur les versants verdoyants du canyon qui s’élèvent de part en part, imposants.

Tantôt escarpé, tantôt plat et ombragé, le sentier réserve des points de vue saisissants qui ne sont pas sans rappeler que Dame Nature est maîtresse en son royaume. Ici l’on emprunte une via ferrata, là les échelles vertigineuses de la Brèche Imbert, là encore, un tunnel froid et humide plongé dans l’obscurité. Lampe de poche sur le front, l’on traverse le tunnel du Baou. Les grimpeurs, rôdés à l’exercice, se sont déchaussés pour traverser les nappes. Leurs baudriers tintent, bringuebalés par la vivacité de leur pas.

Après plusieurs heures de marche, nous nous arrêtons pour déjeuner. Installées sur un rocher qui surplombe les gorges, nous contemplons le spectacle de l’Artuby se jetant dans le Verdon. Hypnotisées par la vigueur des rapides, nous ne disons mot quand nous apercevons une tête sortir de l’eau.

D’un bond, avalant ma tomate de travers, je me lève. Quatre hommes grenouilles ont fait surface et posent le pied sur la rive opposée à notre promontoire. Vêtus de combinaisons noires, ils inspectent les lieux, se préparant à traverser. Ils harnachent l’un d’entre eux, le reliant à un câble et s’attachent, à leur tour, en cordée, à l’autre extrémité. L’homme seul, probablement le meilleur nageur, se dirige vers la partie la plus étroite de la rivière.

Il s’élance alors, tentant de rallier notre rive. Sous nos yeux ébahis, il progresse rapidement, la rotation des bras se faisant à un rythme effréné. La force des courants le fait dévier peu à peu. Il redouble alors d’efforts, nageant avec l’énergie du désespoir. Chaque seconde l’écarte un peu plus de la berge et ses espoirs de la rejoindre s’amenuisent. Les fortes turbulences l’emportent et le câble entraîne avec lui ses compagnons de cordée.

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