La femme aux trois gants de toilette

par apollinemariotte

La Normandie est plus clémente que l’on veut bien le faire croire. Néanmoins, il convient de maîtriser certaines règles pour l’apprivoiser. Ceux qui la connaissent savent que l’on n’attend pas une éclaircie pour mettre le nez dehors. Ceux qui la connaissent savent que l’on n’attend pas une forte hausse du mercure pour mettre les pieds dans la Manche. Ceux qui la connaissent sont prêts à dénuder leurs petits bras à la première embellie, et à les couvrir à la première ondée.

De mai à octobre, les habitués ne transigent pas avec leur baignade de santé quotidienne. Dos aux noires falaises fossilifères, ils profitent de la meilleure séance de thalassothérapie du pays. La fraîcheur piquante de l’eau raffermit les chairs, les embruns iodés débouchent les sinus, la vigueur des remous stimule la circulation.

Tous les jours à la même heure, la femme aux trois gants de toilette descend d’un pas vif l’avenue du Sporting. Une robe légère passée sur son maillot de bain, une sacoche minuscule en bandoulière, elle se dirige vers la plage. Arrivée sur le sable, ni une ni deux, vêtue d’un simple slip, la voilà qui s’élance vers la mer. Scrupuleusement, elle effectue ses longueurs puis ressort.

Elle tire alors de son petit sac son troisième gant de toilette, s’essuie avec et repart.

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