Amok

par apollinemariotte

Lorsque l’on pousse la porte de cette gargote rue Mazarine, l’on pénètre dans un fabuleux cabinet de curiosités. Les bibelots chinés ça et là envahissent l’espace pour créer une atmosphère paisible et feutrée. Les tissus chamarrés brodés de fil d’or et les vases de verre coloré s’harmonisent en un joyeux capharnaüm où les bouddhas au visage impassible observent le va-et-vient des hôtes, écoutent le chuchotement des conversations. Loin du raffut de la ville et des klaxons des autobus, ces chinoiseries et autres kitscheries ont fait un long voyage dans la valise du chef, réfugié cambodgien des Khmers rouges. Dans ce décor chargé d’onirisme, la lueur vacillante des loupiotes révèle le faciès d’une statuette de bois sombre, la délicate expression d’une estampe.

Des effluves de citronnelle et de lait de coco parviennent aux narines tandis qu’un poisson blanc est servi sur une feuille de bananier. Vermicelles de riz, cacahuètes concassées, coriandre fraîche se plient au jeu des baguettes. Plus loin, c’est un entremet aux perles de lotus.

Un dernier coup d’œil avant de franchir le seuil et de retourner au vacarme de la vie. Dans cette retraite nichée entre le Musée de la Monnaie et les Beaux Arts, une voix s’élève. La patronne fredonne un air des années 50. Curieux mélange que le timbre de Piaf dans ce temple du zen.

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