Répétition générale

par apollinemariotte

Développé. Arabesque. Grand battement. Les mouvements s’enchaînent sur des rythmes endiablés. Les pieds frappent la scène comme les aiguilles d’une machine à coudre. 1, 2, 3, 4. Les comptes défilent, la chorégraphie est réglée comme du papier à musique. 5, 6, 7, 8. Les dos sont droits, les pieds pointés, les sourires vissés aux lèvres.

Pirouette. Pas de bourrée. Fouetté. A l’âge où l’on rêve de prendre de l’assurance, ce spectacle est grisant. Un petit moment de gloire auquel on a invité ses amis de lycée. Depuis plusieurs mois, l’on répète devant sa glace avec acharnement, reprenant les enchaînements maintes fois, corrigeant les attitudes, jusqu’à en éliminer la moindre imperfection.

Déboulé. Grand jeté. Fente. Crac. Crac ? Ai-je bien entendu ce léger craquement ? Saut de chat. Je jette un œil. Rien. Pas chassé. Je frôle de la main le tissu de mon pantalon. Rien. Dégagé. Je questionne mes partenaires du regard. Toujours rien.

En professionnelle, je reste sur scène et poursuis avec la même énergie. Les dernières notes du morceau retentissent. Sous les applaudissements des spectateurs venus assister à la répétition générale, je me retire dans les coulisses, vidée.

À l’abri des regards, je me dirige vers la glace et me retourne. La couture de mon pantalon a cédé, depuis le bas de la braguette, jusqu’en haut des fesses.

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