Anti-rides

par apollinemariotte

Par une après-midi oisive d’hiver, alors que je déambule dans les allées d’un grand magasin, me régalant des étalages et du ballet incessant des employés affairés, une conseillère de beauté m’alpague. Troublée dans ma flânerie et interrompue dans mes pensées insouciantes je me dirige, à contre-cœur, vers la jeune fille.

Les cheveux brillants de laque, une épaisse couche de maquillage sur la peau et des cils dont le volume défie les lois de la gravité, elle se lance dans un diagnostic de peau et m’annonce tout de go que j’ai la peau mixte. J’allais apprendre, au cours d’une tirade capillotractée, qu’il s’agit là de la plus ingrate de toutes. Une production excessive de sébum, qui remonte par le canal pilo-sébacé pour former un film hydrolipidique à la surface de la peau, obstrue les pores de mon épiderme et fait briller la zone dite du T, composée du front, du nez et du menton.

Je ne dis mot, acceptant ma sentence et m’efforçant de supporter les effluves toujours plus tenaces de son parfum sucrailleux. Loin d’avoir terminé sa réplique, elle entame un plaidoyer anti-rides. Rides inter-sourcilières, rides péri-buccales, perte de volumétrie et d’élasticité, affaissement de l’arc de Cupidon, les sillons se creusent, les cernes se marquent, le visage se froisse ; il faut enrayer le mécanisme du vieillissement dès 25 ans. Stimuler la régénération des cellules, combler, lisser, repulper, agir en profondeur, il faut combattre les premiers signes de l’âge provoqués par une armée d’agressions extérieures : stress, maquillage, pollution, soleil. Elle préconise alors l’utilisation d’un sérum à la feuille d’or 24 carats, ou encore un soin qui utilise les propriétés magiques du caviar.

Si seulement, avant de commencer à m’étaler des œufs de poisson sur le visage pour traiter mes futures rides, je pouvais me débarrasser de mes boutons d’acné post-adolescence attardée.

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