Métropolitain

par apollinemariotte

Ségur. La station est calme. Quelques voyageurs attendent sur le quai. Direction Boulogne, prochain train dans une minute. Dans un grand fracas, le métro entre et s’immobilise. Un homme dévale les escaliers, au pas de course, et saute dans la rame au moment où les portes claquent, tentant avec une force surhumaine d’empêcher leur fermeture et laissant par la même occasion son sac sur le quai.

La Motte-Picquet. À la vue du quai noir de monde, il réalise qu’il lui faut à tout prix trouver une place assise avant l’ouverture des portes. Tête baissée, il fonce sur la dernière place libre, évitant les regards du jeune homme en béquilles, resté debout.

Emile Zola. N’ayant pas eu le temps de se placer à la bonne porte, il ressort et court s’installer dans la rame suivante. Ouf, il pourra sortir face à l’escalator et éviter le flot de voyageurs qui se déverse à l’arrivée.

Charles Michels. Haletant, il s’accroche à la barre suintante, la saisissant à pleines mains. Son téléphone sonne. Il décroche et démarre une conversation bruyante dans un anglais très français. Le réseau est faible, la connexion coupe. Il raccroche en bougonnant.

Javel. Panne de signalisation. Il souffle, exaspéré. D’une main et sans précautions, il fait signe à une voyageuse de lui donner le 20 minutes qu’elle a à peine eu le temps de refermer. Le train redémarre.

Eglise d’Auteuil. Il sort et pousse un grand soupir en apercevant les grilles fermées de sa sortie habituelle.

Les cheveux en bataille, la chemise froissée et le costume défraîchi, il commence sa journée, épuisé.

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