Elvis

par apollinemariotte

Canis lupus familiaris. Il tire sur sa laisse comme un forcené. Un mégot entre les lèvres, le teint gris et les yeux collés par le sommeil, son maître vole derrière lui. Lorsqu’il a enfin déniché un endroit à son goût, le chien s’arrête, flaire les alentours et commence une danse folle dans laquelle il tourne sur lui-même, comme pour trouver le meilleur centimètre carré de ce bitume froid et austère. Son maître le fixe, un sac plastique à la main. A-t-il seulement conscience de l’absurdité de sa situation ? Quelques secondes plus tard et après s’être consciencieusement léché l’arrière train, le chien repart.

Elvis, sois gentil avec papa. Redevenu sage, le chien s’approche de son maître, lui présente sa truffe humide et dans un élan d’affection, se dresse sur ses pattes arrière pour lui offrir une léchouille en plein visage. Puis, d’un coup de tête, il se débarrasse du filet de bave accroché à ses babines.

Felis silvestris catus. Avec ses coussinets, il se déplace sans un bruit, le fourbe. Violette est toute dévouée à son chat qui lui a été offert très jeune, alors qu’il peinait encore à tenir sa tête. Depuis, il a atteint sa taille adulte et avec, a acquis toute l’arrogance dont les félins sont capables. Etendu de tout son long en travers du fauteuil du salon, il toise sa maîtresse : œil perçant, oreilles dressées, corps fuselé, silhouette gracile et longiligne. Ce petit insolent d’une inutilité crasse se croit tout droit sorti de la cuisse de Bastet. Lentement il se lève, s’étire, arque le dos, puis saute sur l’appui de fenêtre et s’échappe avec agilité. Violette est en retard. Elle attrape son thermos de café, enfile un manteau et claque la fenêtre.

Quelques minutes plus tard, un orage éclate.

Publicités