Le verre de filles

par apollinemariotte

Ce soir je prends un Coca. J’ai grossi ces derniers temps, j’arrête l’alcool et le gras.

Elles s’asseyent autour d’une table, dans leur petit café habituel. Une rude semaine vient de s’écouler et ce moment de détente avant le week-end, il n’est pas question de le rater.

A l’ordre du jour, le nouvel appart de l’une, la dernière conquête de l’autre, la trouvaille vestimentaire d’une troisième.

La serveuse passe. Mécaniquement, elles consultent la carte mais elles savent déjà ce qu’elles vont prendre. Enfin presque. Entre Brouilly et Pouilly fumé, le match est serré.

Allez. Juste un verre. La première gorgée est divine. Les papilles s’éveillent, les arômes claquent sur le palais.

Alors, quelle couleur pour ta cuisine ? Rouge. C’est convivial le rouge.

Deux verres. Le Brouilly a un petit goût de revenez-y.

Au fait, tu l’as vu ? Tu parles, il ne m’a pas appelée depuis trois jours. Je me demande ce qu’ils ont dans la tête. Je croyais qu’on se bonifiait avec l’âge.

Une bouteille. Tandis que les heures s’égrènent, elles parlent de plus en plus fort, leurs pommettes se colorent.

Elle est pas un peu courte ta jupe ? Toi, soit t’as un rencard, soit t’as eu un entretien.

Elles commencent à s’agiter sur leurs chaises, leurs petits ongles vernis tapotent sur la table au rythme de la musique.

Vous n’avez pas faim ?

La serveuse repasse. On peut avoir une assiette de frites ? Allez. Juste une.

La serveuse revient avec un saladier de frites. Elles se ruent dessus et lui font un sort en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. C’est bon le gras.

Lorsqu’elles rentrent chez elles, elles pensent toutes à la même chose.

J’aurais dû prendre un Coca.

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